Le lendemain midi, Magalie et Justine se retrouvèrent à nouveau dans leur saladerie préférée pour déjeuner. Magalie expliqua à son amie comment ses propos de la veille l’avaient fait réfléchir et ce qu’il s’était passé ensuite avec son mari chez elle.

— Mais pourquoi tu ne lui as pas fait préparer le repas, débarrasser la table et ranger la vaisselle sale ? Tu étais bien partie…
— Parce que justement, je ne voulais pas détruire en un instant ce que j’avais obtenu. Nous l’avons fait ensemble et c’est déjà un progrès considérable. Surtout que me voilà débarrassée à vie de la corvée de chiottes. Je veux y aller en douceur. Par contre, j’aimerais bien rencontrer ta copine Natalia, je suis certaine qu’elle pourrait me donner des conseils utiles.
— Ça, c’est sans problème, on peut aller la voir lundi prochain. Elle travaille pour la concurrence, mais du coup, comme nous elle est entièrement libre le lundi. Je l’appelle tout de suite, nous serons fixées.

Justine expliqua à son amie, l’histoire de Magalie et où elle en était avec son mari. Natalia fut ravie à l’idée de la rencontrer et les invita à déjeuner chez elle le lundi suivant. Les deux collègues terminèrent leur repas en discutant d’autres sujets et notamment de la future proie de Justine. Il s’agissait d’un jeune homme qu’elle avait rencontré au cours d’une soirée et qui ne la lâchait plus.

— Je crois qu’il est raide dingue alors je vais voir ce que ça donne avec lui et si j’en tombe amoureuse, j’en ferai mon esclave.
— Tu ne trouves pas ça un peu bizarre de se dire : « Si j’en tombe amoureuse, j’en fais mon esclave » ?
— D’après Natalia, c’est une condition indispensable que les deux soient très amoureux l’un de l’autre. Et regarde-toi, tu aimes Jérôme, mais ça ne t’empêche pas, aujourd’hui de vouloir le dominer et le dresser, non ?
— C’est vrai. C’est encore tout frais, mais je peux te garantir que l’idée de le soumettre complètement m’excite terriblement…

Magalie passa un après-midi excellent. Tout ça l’avait motivée et elle en tira bénéfice dans son travail. Elle avait une âme de battante. Elle récupéra avec deux ou trois gros clients ses objectifs de placements. Tout allait bien, elle assura ses primes. Quand elle rentra chez elle, Jérôme était comme tous les soirs devant les informations régionales. Elle ne changea pas son habitude d’aller l’embrasser.

— Ça va ? La vie est belle, mon chéri.
— Comment ça ?
— Eh bien, tu rentres du taf quasi une heure avant moi et quand j’arrive, il y a toujours ta veste et ta cravate qui traînent n’importe où et toi qui es là, assis pépère, à siroter ton sky en matant des conneries à la télé. Tu n’as franchement rien de mieux à faire ?
— Mais ? C’est les infos régionales…
— C’est bien ce que je dis. Alors tu vas être un amour, tu vas éteindre cette télé de merde et tu vas me ranger tout ça. Moi je vais prendre ma douche et t’en feras autant après. J’aime bien quand tu sens bon.
— Je pourrai te rejoindre ?
— Si t’es sage et que tu te dépêches, ce n’est pas exclu… Oh, je suppose que tu es allé aux toilettes en arrivant ; j’espère que tu n’en as pas mis partout.
— Oups… attends, ne bouge pas je vais voir…
— Tu sais mon chéri, quand on ne sait pas viser, on s’assoit… comme les filles. Je ne vais pas attendre que tu nettoies, je ferai comme hier ; je pisserai sous la douche.

Magalie en était encore à régler la température de l’eau quand Jérôme entra nu et le sexe déjà bien tendu dans la salle de bain. Ses petites expériences de domination sur Jérôme l’excitaient. Elle était en train de réfléchir à différentes choses qu’elle pourrait exiger de lui et ça la faisait mouiller. Elle se tenait à l’extérieur, évaluant la température de la main quand Jérôme la saisit par-derrière dans ses bras. Il glissa en même temps son sexe tendu entre ses cuisses et chercha à la pénétrer. Le gland s’était déjà introduit dans les replis de son intimité quand Magalie poussa un cri de surprise, se retourna et lui mit une gifle magistrale. Il recula aussitôt en se tenant la joue qui portait, en rouge sur fond blanc, la marque de la main de sa compagne.

— Non, mais ! Tu te sens bien ! cria-t-elle. Faut que t’ailles te faire soigner, mon pote ! D’où tu me prends comme ça ?
— Je… Pardon, ma chérie, je… je ne sais pas ce qui m’a pris ; j’ai super envie de toi et je pensais que toi aussi tu avais envie…
— Dégage !
— P… pardon ?
— J’ai dit dégage. Laisse-moi prendre ma douche en paix sans risquer de me faire violer par mon mari maniaque. Sors de cette salle de bain ! Tu attends dehors et tu réfléchis à ce que tu viens de faire.
— T… tout de suite, chérie, répondit Jérôme penaud.

Magalie laissa couler l’eau sur elle longtemps ; elle était furax. Elle aimait revivre une soirée comme celle de la veille. Elle avait prévu d’y aller en douceur, mais là, ça sautait aux yeux. Il fallait passer à la vitesse supérieure. Elle devait écraser ce parasite. Elle se calma peu à peu. Il était indispensable qu’elle ait les idées claires.

Jérôme se doutait bien qu’il serait mal venu qu’il rallume la télé en l’attendant. Il ne voulait pas non plus rester planté dans le couloir à rien faire. Il sentait que ça risquait également de ne pas lui plaire. Alors il prit la direction de la cuisine pour regarder ce qu’il pouvait commencer à préparer. Magalie sortit de la salle d’eau et se dirigea dans sa chambre. Elle décida de ne rien changer à son projet de départ et de s’habiller très sexy. Elle mit un string ouvert avec un caraco transparent assorti. Elle déposa ensuite, sur le lit, un string en dentelle fleurie rose et le déshabillé qu’elle avait fait porter à Jérôme la veille. Elle allait commencer à s’amuser un peu. En passant devant la salle de bain, elle ouvrit la porte.

— Jérôme ! appela-t-elle.
— Oui, ma chérie ?
— Tu te dépêches de prendre ta douche ; tu n’y passes pas trois heures ! Tu mets ce que je t’ai préparé sur le lit et tu me rejoins dans le salon. Je crois qu’il faut qu’on cause sérieusement. Je t’attends !
— Je fais vite, je…

Il n’avait pas fini qu’elle avait déjà claqué la porte. Jérôme ne se sentait pas franchement à l’aise. De toute évidence, elle lui en voulait à mort. Il se demandait comment il allait pouvoir se racheter. Il n’était pas évident que de demander pardon soit suffisant, mais bon, il commencerait par là de toute façon. Arrivé dans la chambre, il resta un peu perplexe devant le string qu’elle avait déposé sur le lit. Il l’enfila. Le devant contenait mal son paquet et la ficelle lui rentrait dans le cul. Il était vraiment serré. Ses poils dépassaient de tous les côtés et en se regardant dans le miroir, il se trouva plus ridicule que sexy. Il arriva en tenue dans le salon où Magalie l’attendait en buvant un verre de whisky et en feuilletant un magazine. Elle étouffa un rire en le voyant, mais se reprit aussitôt.

— Enfin ! T’en as mis du temps ! s’exclama-t-elle. Alors ? T’as réfléchi un peu à ce que tu as fait ? Tu sais comment ça s’appelle ?
— Magalie, je te demande pardon, je sais, c’était une bêtise…
— Non, ça ne s’appelle pas une bêtise ! Quand un mec attrape une femme par-derrière pour lui enfoncer sa bite dans la chatte ou dans le cul, ça s’appelle un viol ! Qu’on soit marié ou non n’y change rien !
— Non… pardon, je voulais pas te violer, c’est pas ça, je…
— Non, bien sûr, c’est pas ça ; tu voulais juste me niquer comme un sauvage, par-derrière, sans me demander mon avis, mais à part ça tu voulais pas me violer… tu te fous de ma gueule en plus ? Tu sais ce que j’ai envie de faire là ?
— Ne… non ?
— J’ai juste envie de prendre toutes tes affaires et de les balancer par la fenêtre directement dans la rue et de te flanquer à la porte dans cette petite tenue… D’ailleurs, c’est ce que je vais faire dès maintenant !

Magalie se lève et part en direction de la chambre. Jérôme essaye de la retenir.

— Non ! Magalie, arrête ; ne fais pas ça… supplia-t-il.
— Toi ! Tu ne me touches pas ! Je fais ce que je veux ! Et il se trouve que là, je n’ai qu’une envie, c’est de te flanquer dehors. J’en ai assez de vivre avec un parasite inutile et pervers !
— Non, Magalie, s’il te plaît, je ne recommencerai plus, je te le promets !
— Ah ! Mais bien sûr que tu ne recommenceras plus puisque tu vas dégager d’ici… poursuivit-elle en pénétrant dans leur chambre.
— Non, pardon, Magalie, je t’en supplie ! hurla Jérôme à genoux aux pieds de sa femme tandis qu’elle sortait du placard une pile de tee-shirts et de chemises. Je t’en prie, Magalie, pardonne-moi ! poursuivit-il. Je ferai tout ce que tu veux, promis, mais pardonne-moi !

Magalie ralentit son mouvement, ouvrit la fenêtre et regarda son mari à genoux et en larmes.

— Tu feras tout ce que je veux, tu as dit ?
— Oui, je te promets ; ne me mets pas à la rue. Je te jure de faire ce que tu veux, tout ce que tu veux, mais ne me jettes pas comme ça… j’ai pas voulu te faire de mal… s’il te plaît. Je t’aime, Magalie…
— Commence alors par remettre tout ça en ordre dans l’armoire, dit-elle en lui jetant à la figure ses vêtements. Vas-y, dépêche-toi !… Et rejoins-moi au salon.

Jérôme retrouva son épouse après avoir remis convenablement ses affaires dans l’armoire. Il avait la mine défaite et regardait le sol. Il se demandait à quelle sauce il allait être mangé ; il ne l’avait jamais vue comme ça. En le voyant si perturbé, Magalie en ressentit aussitôt une certaine satisfaction. Elle savourait sa chance et sa victoire. Il fallait enfoncer le clou.

— Alors, mon chéri, t’as remis tes affaires en ordre ? C’est bien. Regarde-moi bien quand je te parle, au lieu de regarder tes pieds comme un gamin !
— Mmm…
— T’as vu comme je suis habillée ? Je te plais comme ça ? T’as vu, tout est accessible ; ça t’excite ?
— Oui,… t’es très excitante,… désirable.
— Eh bien profite de la vue parce que ce soir, c’est ceinture mon bonhomme ! Je me suis mise comme ça uniquement pour que tu puisses apprécier ce que tu as loupé !
— Ma… Magalie, je…
— Je n’ai pas fini ! Tu peux me redire à nouveau ce que tu m’as promis dans la chambre ?
— Je… je t’ai demandé pardon et je t’ai promis de faire tout ce que tu veux…
— Pendant combien de temps ? Deux jours, trois jours ? Une semaine ? Tu vois le problème, Jérôme, c’est que je commence à me demander avec quel genre de mec je vis depuis plus de cinq ans. Tu ne fous strictement rien à la baraque. Tu as des horaires plus cool que les miens, tu rentres tous les soirs au moins une heure avant moi, tu ne bosses pas le samedi et, arrivé ici, tu ne fous rien ! Je fais la bouffe neuf fois sur dix et quand c’est toi qui la fais, c’est moi qui range et nettoie la cuisine derrière. Je me tape tout le ménage, la lessive, le repassage. Il faut que je pleure pour que tu ailles faire les courses de temps en temps et, quand par miracle tu les fais, t’oublies la moitié des trucs. Et en plus, en plus de tout ça ! il faudrait que j’écarte les cuisses dès que Monsieur a une pulsion… On n’est pas dans la guerre du feu, mon gars ! Il va falloir que tu apprennes à te faire désirer et surtout à te retenir. Alors, si tu te demandes si je t’en veux, la réponse est oui ! Mais je ne t’en veux pas seulement pour ton geste déplacé ; c’est juste un déclencheur. Je t’en veux d’être un parasite depuis qu’on vit ensemble. Je t’en veux de m’avoir prise pour une bonniche, même si c’était inconscient ! Tu me demandes de te pardonner ? Je le ferai peut-être, ça dépendra de toi. En attendant, je veux bien te laisser une chance. Tu dis que tu feras tout ce que je veux ? Est-ce que tu pourrais faire tout ce que je veux et uniquement ce que je veux ?
— …
— J’aimerais que tu réfléchisses sincèrement à tout ça et ce que ça implique. Tu as toute la nuit et toute la journée de demain. Soit tu es prêt à assumer, à tenir ta promesse et tu me la mets par écrit de manière claire et précise. Soit tu fais tes valises et tu te casses de cet appartement. Tu me donneras ta réponse demain soir. D’ici là, tu dors dans le canapé et tu me laisses manger tranquille dans la cuisine. Je ne veux plus te voir ni t’entendre avant demain. Tu me fous la paix.
— …
— Ah, juste une dernière petite chose. Je t’aime sincèrement et je préférerais de beaucoup que l’on reste ensemble… mais évite de faire le malin en te disant « je me casse comme ça elle va me rappeler » ; ce serait une grossière erreur. Toute sortie est définitive et là c’est sûr et certain que mon pardon, tu pourras t’asseoir dessus… bien profond !

Jérôme dormit très mal cette nuit-là. Il avait l’impression que toute sa vie s’effondrait à cause d’un petit coup de pine. Il tournait et retournait les reproches de Magalie dans sa tête, essayant vainement de trouver une faille, un soupçon de mauvaise foi, mais il n’y avait rien. Seules les objections qu’il s’évertuait de formuler dans son cerveau déboussolé étaient véritablement de mauvaise foi. Il tournait et retournait sur lui-même dans son canapé, incapable de poser clairement le problème à plat. Quand il entendit de la chambre des gémissements de plaisir bientôt suivis d’un cri de jouissance, il sut que Magalie s’était donné un plaisir solitaire et il se mit à pleurer. Le sommeil finit par le prendre, un sommeil agité qui n’avait rien de réparateur. Il fut réveillé par un bisou sur ses lèvres. Il ouvrit les yeux. Magalie était prête pour partir travailler, fraîche et pimpante.

— Mon chéri, dit-elle d’une voix douce, si tu dois aller bosser, tu es déjà en retard à mon avis.
— Ah ! Euh… il est quelle heure ?
— Seulement huit heures, mais d’habitude tu es déjà parti depuis cinq minutes. Tu as une mine affreuse ce matin, peut-être que tu ferais mieux de rester ici pour te reposer et réfléchir à ce que tu veux faire, non ?
— …
— À ce soir, mon amour.

Magalie s’en alla. Elle avait été comme une apparition, si belle et si rayonnante. Le « mon amour » résonnait encore dans sa tête, mais il se retrouvait seul assis sur le canapé. Il s’aperçut qu’il avait dormi avec le string qu’elle lui avait demandé de porter la veille. Il prit son téléphone et appela le standard pour prévenir de son absence.

Jérôme tourna en rond une partie de la matinée. Il essayait de mettre ses idées en ordre, mais son cerveau semblait s’y refuser. Il finit par prendre une feuille de papier pour y noter tous les reproches qu’elle lui avait faits et les deux solutions qui s’offraient à lui en s’efforçant d’en évaluer les conséquences

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